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Les ports
Le port de Merrien
L'usine Balestrié
Marc Balestrié (1815-1889), est médecin et rien ne le prédispose à devenir négociant. Rien, sauf peut-être son mariage avec Marie Adèle Duppont (1819). Cette dernière est la fille de Jacques Duppont (1785-1868), négociant à Concarneau et propriétaire de la presse de Kerjégu à Brigneau.
Le milieu du XIXe siècle est celui de la révolution industrielle. Le milieu de la conserve n'échappe pas à ce bouleversement. Autrefois, le poisson est salé et pressé dans des barriques pour sa conservation. Nicolas Appert (1749-1841), invente la technique qui portera son nom, l'apérisation. Au début mis en bocal, la boîte métallique en fer-blanc est privilégiée pour y placer l'aliment qui sera ensuite plongé dans l'eau bouillante afin de neutraliser les ferments. Son gendre, Raymond Chevalier améliore la technique avec l'autoclave (vapeur sous pression) pour une stérilisation à plus de 100°.
Sans doute conseillé par son beau-père, Marc Balestrié fonde en 1865 la société qui porte son nom et fait l'acquisition en 1866 de quatre parcelles de terrain sur la rive gauche de Merrien. L'achat se fait en 2 temps, le fonds le 21 juin à Joseph Souffez (1765-1852) pour 200 fr [1866-207] et les droits édificiers le 18 septembre 1866 [1866-262] pour 3 859 fr à Yves Souffez (1794-1870), fils de Joseph. Ce petit port, à l'abri de la houle du large, est en contre-bas de Kersécol, un village de 84 habitants, dont 2 seulement sont déclarés marins-pêcheurs à temps plein en 1866.

Le préfet lui accorde l'autorisation de construire son usine à deux conditions : la construction d'un quai et le paiement d'une redevance pour l'occupation du domaine maritime. C'est lors de l'aménagement de ces terrains que sera construite la route qui descend en zigzag du village, remplaçant ainsi le petit sentier menant en ligne droite de Kersécol à la rivière.

La cale de Merrien. Est-ce la maison du contre-maître au dessus ?
L'installation de cette usine va bouleverser ce petit coin tranquille. En effet, jusqu'alors Merrien est une rivière et non un lieu-dit. Il est nommé en tant que tel pour la première fois lors du recensement de 1866. Il y est mentionné deux maisons : la première habitée par Antoine Péron (1838-1914), cabaretier et son épouse Marie Yvonne Souffez (1840-1872). Celle dernière est la petite-fille de l'ancien propriétaires des parcelles. Avant 1866, ils étaient recensés à Kersécol. Il est probable que c'est la création du lieu-dit qui a fait passé la frontière avec Kersécol au nord de son cabaret. La seconde maison est occupée par Michel Combe (1835), commis (de presse) et son épouse Marie Anne Guénan (1846). Il est chargé de l'aménagement des locaux et vraisemblablement responsable des premières embauches. Leur fils, Charles Combes, est le premier Moëlanais né à Merrien, en 1867.
Fin 1866, la construction de l'usine est achevée et il est temps de recruter pour la saison prochaine. Michel Combe signe 14 contrats d'apprentissage d'une durée de 3 ans [1866-332]. L'acte notarié le qualifie de régisseur de la fricasserie de Kersécol. Les apprentis sont pour la plupart mineurs et habitent les villages alentour.
On se trouve pas de trace des ouvriers qualifiés qui vont leur apprendre le métier. Viennent-ils quotidiennement de Doëlan ?
En 1868, Marc Balestrié et son fils Guillaume figurent parmi les Moëlanais les plus imposés.
Au recensement de 1872, le chef d'usine est Michel Liébau (1826-1872). Celui-ci décédé la même année et s'est son épouse Catherine Cornet (1832-1909) qui le remplace. Aucun marin-pêcheur au village et encore moins de boîtier, ferblantier, soudeur et friteuse nécessaire à la bonne marche de l'usine. Il est probable que les habitants se déclaraient cultivateurs, activité qu'ils occupaient la majeure partie de l'année pour délaisser les terres à la belle saison, celle de la pêche à la sardine.
A la fin de l'année 1875, Catherine Cornet, au nom de Marc Balestrié, signe un contrat d'apprentissage [1875-321] avec Corentin Le Goc (1850-1899), de Kerglien. Le contrat est de 3 ans et les conditions de travail spécifiées sont proches de l'esclavage :
- Par l'activité particulièrement saisonnière de la pêche à la sardine, cette industrie est autorisée à déroger au code de l'apprentissage de 1851.
- L'apprenti doit travailler aussi longtemps que le besoin l'exige, les dimanches et jours de fête si nécessaire.
- Il doit rembourser les objets détériorés.
- Chaque jour d'absence est facturée 3 fr.
- En cas de d'absence de plus de huit jours d'affilé ou de rupture du contrat par l'apprenti, celui-ci doit au patron 600 fr.
- Enfin, chaque boîte fabriquée est payée le 1/3 de celle d'un ouvrier qualifié.
Les recensements de cette période font apparaître un nouveau métier : boîtier ou ferblantier, parfois soudeur. Cet emploi est occupé par les habitants des villages les plus proches : Chef du bois, Kercarn, Pen an prat et Kersécol bien sûr.
Mais la main d'oeuvre la plus importante est celle des femmes. Avant de presser la sardine ou de la mettre en boîtes il faut l'ététer, opération consistant à arracher la tête avec le boyau en une seule opération. Plus tard, dans la chaîne de production, elles sont affectées à la mise en bôite. Elles sont appelées les friteuses.

Ouvrières de l'usine prenant une pause.
En 1880, c'est au nom de Guillaume Balestrié (1845-1885), que Catherine Cornet signe huit contrats d'apprentissage chez Me Barbe. Le père a sans doute décidé de passer la main et c'est naturellement Guillaume, son seul fils, qui prend la direction de l'entreprise.
Si les contrats sont de 3 ans pour les apprentis mineurs, ils sont signés pour une période de neuf mois pour les ouvrier qualifiés, soit du 1 mars au 31 décembre.
Pour 100 boîtes, l'ouvrier est payé comme suit :
Fabrication : |
|
| Les quarts, un franc, ci | 1 fr |
| Les demies, un franc vingt-cinq centimes, ci | 1.25 fr |
| Les quatre-quarts, deux francs vingt-cinq centimes, ci | 2.25 fr |
| Les triples, quatre francs cinquante centimes, ci | 4.50 fr |
Soudage : |
|
| Les quarts, un franc vingt-cinq centimes, ci | 1.25 fr |
| Les demies, un franc cinquante centimes, ci | 1.50 fr |
| Les quatre-quarts, deux francs soixante-quinze centimes, ci | 2.75 fr |
| Les triples, cinq francs, ci | 5 fr |
Une pénalité est stipulée pour les boîtes mal soudées :
| Le quart, vingt centimes, ci | 0.20 fr |
| La demie, trente centimes, ci | 0.30 fr |
| Le quatre-quart, cinquante centimes, ci | 0.50 fr |
| Le triple, un francs cinquante centimes, ci | 1.50 fr |
Enfin, le contrat impose une clause de non concurrence sous peine de devoir payée une indemnité de 600 fr à M. Balestrié.
Les contre-maîtres viennent de régions où le métiers de la conserve a débuté plus tôt qu'à Moëlan : Combes du nord Finistère, Liébau de St-Nazaire, Buchoul de Vendée et Fleury de Gâvres.
Catherine Cornet est toujours la contre-maîtresse de la conserverie au décès de Guillaume Balestrié en 1885.
En 1886, il n'y a plus de contre-maître à Merrien. Le neveu de Catherine Cornec, Jules Cornet (1860-1929) est désigné comme garde d'usine alors qu'il était ferblantier quelques années plus tôt. Le décès du propriétaire en 1885 ou la concurrence de la conserverie Ouizille de Brigneau, voire la raréfaction de la sardine comme il arrive régulièrement, scellent le sort de l'usine Balestrié. Elle ferme en 1889 et est mise en vente en avril 1891 chez Me Guitton, notaire à Quimperlé. (1)
L’arrêté préfectoral entérinant cette cessation d’activité demande la conservation de la cale « très utile aux 30 bateaux et 150 pêcheurs de la localité ». (2) Le manque d'entretien de la cale les dernières années porte préjudice à l'activé des marins-pêcheurs. En novembre 1890, ils se groupent pour signer une pétition par demander sa réparation et son agrandissement. Un avant-projet de 5 000 francs est adressé à l'administration en mars 1891. Les travaux seront réalisés en 1892. (3)

En 1896 la veuve de M. Léon Baslestrié loue les installations pour 9 années à Joseph Fraisse (1864-1940) [1896-038], un Nantais qui décide d'investir dans la conserverie à un époque où ce secteur est dans une mauvaise passe. Le poisson se fait rare et la concurrence espagnole est sévère. Ce dernier fait faillite rapidement.
On trouve dans les registres d'état civil de Moëlan le décès à Merrien de Jean Louis Buchoul (1834-1897), directeur de l'usine Tirot. Comme pour Michel Liébau, c'est son épouse Marie Josèphe Grandhomme (1844-1930) qui prend la suite. C'est tout à fait singulier à une époque où les femmes sont cantonnées dans des rôles d'exécution de constater la place prise par ces épouses. Leur personnalité et leurs qualités étaient sans aucun doute évidentes dans un milieu où il fallait commander aux hommes.
En 1906, c'est Eugène Fleury (1864), fils de ferblantier qui devient à son tour le gérant de l'usine.
On manque d'éléments pour retracer la fermeture de l'usine. Le bâtiment ne tombe pas dans l'oubli. Le célèbre couturier Paul Poiret, tombé amoureux de cet havre de paix, avait fait venir de la région parisienne un bateau-maison pour s'installer à Merrien. Il y faisait venir ses amis et organisait des festivités pour remercier les habitants de leur accueil. C'est sans doute pour avoir un pied à terre qu'il rachète les parcelles et les bâtiments de l'usine Tirot en 1914.
Il ne reste aucun vestige de cette usine. Les registres des impôts indiquent qu'elle a été détruite en 1926 et la maison du contre-maître en 1931.
(1) Le Finisère, 24 mars 1891.
(2) Fichou, Christophe, L’entente des Travaux Maritimes et des conserveries de poisson en Bretagne méridionale (1850-1914), Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2003.
(3) Le Finistère, 8 octobre 1891.
![]()
Contre-maîtres et employés
Années |
Directeur |
Employés |
Villages |
1865 |
Construction d'une cale (1) | ||
| M. Balestrié Marc René (1815-1889) achète les parcelles à Joseph Souffez | |||
Rec. |
Combes Michel (1835), Merrien (29) Commis |
||
1867 |
Combes Michel (1835) Régisseur de la fricasserie de Kersécol
14 contrats d'apprentissage
|
Jacob François Marie (1844-1909) Jacob Joseph Marie (1851-1916) Le Bourhis Jean François (1850-1910) Le Torrec Nicolas (1852-1924) Le Delliou Julien Marie (1851-1879) Guillou Yves (1845) Sellin Joseph Marie (1850-1871) Guigourès Joseph Marie (1850-1889) Garro Joseph Marie (1847-1897) Calvar Jean François (1849) Garrec Julien (1844) Colin François Marie (1840) Mahé Corentin (1847-1923) Fauglas François Louis (1850-1870) |
Chef du bois Chef du bois Kervilin Chef du bois Kerouart Kerouart Kersécol Kersécol Bourg Bourg Bourg Bourg Kerampellan Kernonen larmor |
1869 |
2 contrats d'apprentissage |
Andréo Corentin Le Bourhis François |
Chef du bois Kervilin |
1870 |
Liébau Michel (1826-1872), Kersécol - Merrien
4 contrats d'apprentissage
|
Robet Colin Pierre Marie (1853-1911) Malcoste Marie Françoise pour son fils Pasterol |
Kersécol Kersécol Kerampellan Kersalut |
1871 |
Liébau Michel (1826-1872), Kersécol - Merrien | Labbé Joseph Marie (1855-1935) | Chef du bois |
Rec. |
Liébau Michel (1826-1872), Merrien (29) Chef d'usine |
||
1873 |
Cornet Catherine (1832-1909)
8 contrats d'apprentissage
|
Bourhis Jaffrézou Jean Louis (1857-1880) Lescop Pézennec Jean Marie (1855-1910) Charles Pierre Marie (1853-1940) Kergoat Thomas Stéphan Bourhis |
Kervilin Lan ar choat Chef du bois Lan ar choat Kervéligen Lan ar choat Coat-savé Kersécol |
1875 |
Cornet Catherine (1832-1909), sans profession 2 contrats d'apprentissage |
Le Goc Corentin (1850-1899), (3 ans) |
Kervilin Kerglien |
Rec.
|
Cornet Catherine (1832-1909), veuve Liébau , Merrien (34) Maîtresse d'usine
|
Eon Jean (1844-1900), boîtier Jacob Joseph (1851-1916) Malcoste Joseph (1852-1929), boîtier |
Kersécol (33) Chef du bois (35) Thy-nevez-alen (32) |
1877 |
Cornet Catherine (1832-1909) 1 contrat d'apprentissage |
Mestric Mathurin (1862-1920) | Chef du bois |
1880 |
Cornet Catherine (1832-1909), sans profession
8 contrats d'apprentissage
|
Le Pennec Joseph (1864) (3 ans) Charles Melaine (1864-1914) (3 ans) Flohic François Marie (1864-1949) (3 ans) Mahé Corentin (1847-1923) (9 mois) Le Torrec Nicolas (1852-1924) (9 mois) Charles Pierre (1853-1940), (9 mois) Malcoste Joseph (1852-1929), (9 mois) Le Goc Corentin (1850-1899), (9 mois) |
Kersécol Kersécol Saint-Thamec Kerampellan Kersécol Kervéligen Kerampellan Pont-Tocquès |
Rec.
|
Cornet Catherine (1832-1909), veuve Liébau, Merrien (34)
|
Cornet Jules André (1861), ferblantier Gac François (1858) Torrec Nicolas (1852-1924), ferblantier Charles Melaine (1864-1914) Jacob François (1844-1909), ferblantier Huellic Yves (1850-1923), boîtier Malcoste Joseph (1852-1929), boîtier Jacob Joseph (1851-1916), boîtier |
Merrien (34) Kersécol (34) Kersécol (33) Kersécol Chef du bois (36) Chef du bois (37) Kercarn (32) Kercarn (32) |
1884 |
Cornet Catherine (1832-1909), veuve Liébau, Merrien 1 contrat d'apprentissage |
Guillou Jean François (1865-1917) (3 ans)
|
Kersécol
|
1885 |
Décès de Balestrié Guillaume (1845-1885) | ||
Rec.
|
Cornet Jules André (1861), Merrien (40) Garde d'usine (est-elle fermée ?)
|
Jacob François (1844-1909), boîtier Jacob Joseph (1851-1916), boîtier Labbé Joseph (1855-1935), boîtier Guillou Jean François (1865-1917), ferblantier Torrec Nicolas (1852-1924), boîtier Huellic Yves (1850-1923), boîtier |
Chef du bois (37) Chef du bois (37) Chef du bois (36) Kersécol (40) Kersécol (40) Pen an prat (36) |
1888 |
M. Balestrié sollicite le préfet pour détruire la cale | ||
1889 |
Fermeture de l'usine (1) | ||
1891 |
Vente de la propriété le 2 avril et de son matériel chez Me Guitton. Mise à prix 10 000 fr | ||
Rec. 1891
|
?
|
Cornet Jules (1860-1929), boîtier Labbé Joseph (1855-1935), boîtier Torrec Nicolas (1852-1924), Ferblantier Jacob François (1844-1909), boîtier Flohic François (1864-1949), boîtier Guillou Jean François (1865-1917) Huellic Yves (1850-1923), boîtier Le Goff Joseph (1860-1934), boîtier |
Chef du bois Kersécol Chef du bois Chef du bois Kersécol Pen an prat Pen an prat |
1892 |
Restauration de la cale |
|
|
1894 |
Mme Balestrié vend à la commune de Moëlan les parcelles I-211-214-215-216-217-218 pour 150 fr | ||
| Mme Balestrié loue à Joseph Fraisse pour 9 ans | |||
Rec. 1896
|
Flohic François (1864-1949), ferblantier Labbé Joseph (1855-1935), ferblantier Jacob François (1844-1909), ferblantier |
Chef du bois Chef du bois Chef du bois |
|
1897 |
Décès de Buchoul Jean Louis (1834-1897) Directeur d'usine Tirot |
||
| Achat des imeubles par Paul Tirot et consorts - Société Tirot et Compagnie | |||
Rec. 1901
|
Grandhomme Marie Josèphe, veuve Buchoul, Merrien (45) Gérante d'usine Tirot
|
Cornet Jules (1860-1929), boîtier, Le Maut ? Flohic François (1864-1949), boîtier, Bétembot ? Jacob François (1844-1909), boîtier Jacob Joseph (1851-1916), boîtier, Tirot Guillou Jean François Marie (1865-1917), Tirot Richard Pierre Marie (1882-1954), Tirot Labbé Joseph (1855-1935), boîtier Le Goff Joseph (1860-1934), boîtier Huellic Yves (1850-1923), boîtier |
Chef du bois Chef du bois Kersécol Kersécol
Chef du bois Pen an prat Pen an prat |
1905 |
Fin de la construction du débarcadère | ||
Rec. 1906
|
Fleury Eugène (1864-1918) Gérant d'usine Tirot
|
Jacob Joseph (1851-1916), soudeur Audren Alexandrine (1887-1960), friteuse Bourhis Marie Joséphine (1889-1892), friteuse Labbé Joseph (1855-1935), soudeur Labbé Marie Joséphine (1882-1947), friteuse Labbé Elisa (1885), friteuse |
Kersécol
Kersécol Pen an prat Pen an prat Pen an prat |
| Achat des immeubles à Paul Poiret | |||
Rec. 1911 |
Cornet Jules (1860-1929), boîtier Malcoste Joseph Marie (1879), soudeur |
Bourg Kersécol |
|